L’Hydrologie Régénérative et la Médecine Castor

Le jeudi 23 avril 2026, à l’occasion du festival Jour de la Terre Mère, l’Espace Mouneyra a accueilli une conférence inspirante animée par Simon Chanut et Joël Nayet. Devant une assemblée attentive d’une vingtaine de participants, les intervenants ont détaillé les principes de l’hydrologie régénérative, une approche cruciale face aux enjeux climatiques actuels.

Ralentir, Répartir, Infiltrer

Loin de la gestion traditionnelle qui cherche à évacuer l’eau le plus vite possible, l’hydrologie régénérative propose de redonner de la complexité aux cycles hydrologiques. Le concept de « médecine castor » a été au cœur des échanges : il s’agit de s’inspirer des ouvrages naturels de ce rongeur (barrages, zones humides) pour :

  • Freiner le ruissellement et lutter contre l’érosion.
  • Favoriser l’infiltration profonde vers les nappes phréatiques.
  • Créer des îlots de fraîcheur et des refuges pour la biodiversité.

Un nouveau regard sur le paysage

Simon Chanut et Joël Nayet ont insisté sur l’importance de l’observation du terrain. En imitant les processus biologiques, nous pouvons transformer des sols arides en éponges fertiles. Cette soirée a souligné l’urgence de passer d’une logique d’exploitation à une logique de soin des bassins versants.

Journée de la terre | conférence Marie Helene Straus | Le mystère des Kogis

Un autre soir, un autre lieu. Dans le 5e arrondissement de Paris, au cœur du tiers-lieu du Moulin, l’atmosphère est différente. Plus feutrée, presque enveloppante. Une exposition habille l’espace, des images et des livres prolongent déjà le propos avant même qu’il ne commence. Une soixantaine de personnes se sont déplacées pour cette deuxième étape du Festival de la Terre proposé par Nouvelle Acropole.

Avec Marie-Hélène Straus, il est question d’un peuple qui intrigue et fascine : les Kogis, en Colombie. Mais très vite, le regard change. Il ne s’agit pas d’un voyage exotique, ni d’un simple témoignage. Ce qui se joue est plus profond : une rencontre avec une autre manière d’habiter le monde.

Les Kogis vivent sans avoir rompu le lien avec la Terre. Cette idée, souvent évoquée, prend ici une densité particulière. À travers récits, images et explications, une cohérence apparaît : pour eux, la nature n’est pas un environnement extérieur, mais une réalité vivante avec laquelle il faut composer, dialoguer, et parfois se faire discret.

Ce qui frappe, c’est l’exigence de cette relation. Rien d’idéaliste ou de naïf. Leur manière de vivre repose sur une attention constante, une forme de responsabilité intérieure. Penser, agir, même ressentir, engage un équilibre plus vaste.

Dans la salle, l’écoute est silencieuse, presque recueillie. On sent que quelque chose déplace les repères habituels. Là où notre modernité sépare, classe et exploite, la vision Kogi relie et ordonne.

Le livre de Marie-Hélène, proposé à la fin de la rencontre, prolonge cette immersion. Il ne donne pas de réponses simples, mais ouvre des pistes. Comment retrouver, à notre échelle, une relation plus juste au vivant ? Comment réapprendre à habiter plutôt qu’à utiliser ?

Dans le cadre du festival, cette soirée apporte une tonalité singulière. Après l’exploration de sagesses anciennes et avant une réflexion critique sur notre économie, elle agit comme un point d’équilibre.

Un rappel discret : le vivant ne se pense pas seulement. Il se rencontre.

Emmanuelle

Journée de la terre | Conférence Christian Arnsperger | Au-delà du capitalisme

Un vendredi soir, dans le 11e arrondissement de Paris, une quarantaine de personnes se retrouvent dans les locaux de Nouvelle Acropole pour la troisième rencontre du Festival de la Terre. Après un détour par l’Égypte ancienne et la sagesse des Kogis, la soirée propose un retour frontal à notre présent : l’économie.

Avec Christian Arnsperger, le ton est donné dès le départ. Il ne s’agit pas d’analyser des mécanismes financiers ou de discuter de politiques publiques. Le point de départ est plus radical : la crise écologique actuelle ne peut pas être comprise uniquement comme une défaillance technique. Elle révèle une crise plus profonde, liée à notre manière de vivre, de désirer et de donner du sens à nos actions.

Au fil de la conférence, une idée s’impose : notre modèle économique ne repose pas seulement sur des règles ou des institutions, mais sur une forme de croyance implicite. La croissance et le profit ne sont pas seulement des objectifs, ils fonctionnent comme des promesses — celle d’une vie plus intense, plus accomplie. Or, cette promesse montre aujourd’hui ses limites, tant sur le plan écologique qu’humain.

Face à ce constat, Christian Arnsperger propose d’explorer une autre voie : une « économie des profondeurs ». L’expression peut surprendre, mais elle désigne un déplacement concret. Il ne s’agit plus seulement de transformer les structures économiques, mais d’interroger les motivations qui les soutiennent. Pourquoi produisons-nous ? De quoi avons-nous réellement besoin ? Qu’est-ce qu’une vie réussie ?

Cette approche relie économie, culture et transformation personnelle. Elle invite à repenser nos modes de vie, mais aussi les imaginaires qui les orientent.

Dans la salle, l’écoute est attentive. Les questions montrent un intérêt réel, mais aussi une forme de tension : si le changement est aussi intérieur qu’extérieur, alors il engage chacun.

En clôture du festival, cette conférence apporte une mise au point utile. Prendre soin du vivant ne relève pas seulement de choix écologiques. Cela suppose de revoir en profondeur notre manière d’habiter le monde.

Journée de la Terre | Conférence Thierry Janssen | Egypte le rêve d’une sagesse

Un soir d’avril, dans le 11e arrondissement de Paris, une soixantaine de personnes prennent place, presque en silence. Il y a cette qualité particulière des débuts de soirée où quelque chose est encore en suspens. On ne sait pas exactement ce que l’on vient chercher — une réponse, peut-être, ou simplement un peu de cohérence.

Puis Thierry Janssen commence à parler. Il ne propose pas une conférence au sens classique. Il ouvre un espace.
Un espace où la maladie n’est plus seulement un dysfonctionnement, mais une question. Où le soin ne se limite pas à réparer, mais invite à comprendre. Où l’être humain cesse d’être fragmenté.

Ce qui se dessine peu à peu, c’est une critique implicite de notre modernité : une époque qui sait analyser, découper, traiter — mais qui peine à relier. Corps d’un côté, esprit de l’autre. Individu séparé du monde : vivant réduit à une mécanique.

Face à cela, une autre vision apparaît.

L’Égypte ancienne, telle qu’il la convoque, n’est pas un décor ni une nostalgie. C’est une structure de pensée.
Un monde où tout est lié. Où l’être humain est traversé par des forces qu’il doit apprendre à équilibrer. Où vivre, c’est chercher une forme d’alignement.

Dans cette perspective, prendre soin du vivant ne commence pas à l’extérieur.
Cela commence par un travail plus discret, plus exigeant : remettre de l’ordre en soi.

Dans cette perspective, prendre soin du vivant ne commence pas à l’extérieur.
Cela commence par un travail plus discret, plus exigeant : remettre de l’ordre en soi.

Non pas un ordre rigide, mais un ajustement.

Une manière d’habiter sa propre vie avec plus de justesse.

Ce déplacement est dérangeant, presque. Car il retire les échappatoires faciles. Il ne s’agit plus seulement de dénoncer le monde ou de vouloir le réparer à grande échelle. Il s’agit de se transformer, soi.

Et c’est peut-être là que la soirée trouve sa force. Dans cette salle, il n’y avait pas seulement des auditeurs. Il y avait des visages attentifs, parfois troublés. Comme si chacun reconnaissait, à sa manière, quelque chose de déjà su mais rarement formulé.

Que le vivant n’est pas à maîtriser, mais à respecter.
Qu’il ne se soigne pas uniquement par des techniques, mais par une qualité de présence.
Et que cette présence commence en soi.

En quittant la salle, rien n’était résolu. Mais quelque chose avait bougé.

Presque imperceptiblement. Comme un léger déplacement intérieur — une direction plus qu’une réponse.

Emmanuelle

Conférence – Marc Aurèle et la citadelle intérieure face à l’incertitude

17 participants étaient réuni ce jeudi 2 avril, autour d’un thème central : celui de rester stable intérieurement dans un monde incertain.

La soirée a débuté par une scénette organisée par les jeunes de l’association. À la fois humoristique et profonde, cette animation artistique a introduit, de manière vivante et accessible aux enjeux du stoïcisme (et ce qu’il n’est pas).

À travers la figure de Marc Aurèle, empereur confronté à de multiples crises, la conférence a mis en lumière une philosophie résolument pratique. Le stoïcisme ne se limite pas à une réflexion théorique : il constitue un véritable art de vivre, fondé sur une distinction essentielle entre ce qui dépend de soi et ce qui ne dépend pas de soi.

Cette approche s’organise autour de trois disciplines fondamentales : le désir, l’action et le jugement. Ensemble, elles permettent de construire une “citadelle intérieure”, un espace de stabilité et de lucidité, capable de résister aux turbulences extérieures.

Loin de fuir les difficultés, la pensée stoïcienne invite à transformer les obstacles en opportunités de croissance. Dans cette perspective, l’incertitude devient une opportunité pour développer une force intérieure, proche du concept de l’antifragilité.

“Les arbres qui poussent dans des lieux abrités sont fragiles ; ceux qui sont exposés au vent deviennent plus solides.“ – Sénèque

La réflexion s’est prolongée le samedi lors d’un atelier pratique réunissant 10 participants, consacré à l’expérimentation concrète des disciplines stoïciennes. À travers des exercices autour du jugement, du désir et de l’action, chacun a pu explorer des outils applicables au quotidien pour cultiver discernement, engagement juste et sérénité face aux expériences vécus ou à venir.

Un temps riche, à la fois philosophique et convivial, qui a permis d’ancrer les enseignements stoïciens dans la pratique et dans le concret.