[ Conf 5 mars] Lao Tseu et Confucius – comment vivre sans se perdre ?

Une vingtaine de personnes se sont réunies à l’occasion du Nouvel An chinois pour une conférence de Jean-Pierre Ludwig consacrée à deux grandes figures de la pensée chinoise : Lao Zi et Confucius à Nouvelle Acropole Paris 15.

Dans un monde marqué par la fatigue morale, la fragilité du lien social et la perte de repères collectifs, la question posée était simple et exigeante : comment habiter le monde sans s’y perdre ?

La conférence a mis en tension deux manières d’entendre le Dao, la « Voie ». Chez Lao Zi, la sagesse consiste à s’accorder au mouvement profond de la nature, à agir sans forcer, dans une forme de retrait fécond. Chez Confucius, au contraire, la Voie se construit dans l’engagement : cultiver les vertus, restaurer les rites, assumer sa responsabilité dans l’ordre du monde.

Deux réponses différentes — parfois opposées — mais qui ouvrent une même interrogation : comment vivre avec justesse au cœur du monde.

[Conf 17 février] | Marc Aurèle : la force intérieure face au réel

Une trentaine de personnes se sont réunies pour cette conférence consacrée à la pensée de Marc Aurèle et à la question de la force intérieure à Nouvelle Acropole Paris 15.

La réflexion a montré que, pour l’empereur stoïcien, la force intérieure n’est pas une protection contre le monde. Elle est une discipline. Une manière de rester juste face aux situations qui nous dépassent.

À travers ses Méditations, Marc Aurèle ne cherche pas à fuir la dureté du réel. Confronté aux guerres, aux crises et aux responsabilités du pouvoir, il développe une éthique de la confrontation : apprendre à distinguer ce qui dépend de nous de ce qui ne dépend pas de nous, gouverner ses pensées et ses réactions, agir avec droiture même lorsque les circonstances résistent.

Conference : Nagarjuna, et la voie de la vacuité

✨ Retour sur notre conférence du 12 février 2026 : Nagarjuna et la voie de la vacuité

Figure majeure du bouddhisme mahāyāna, Nagarjuna (IIe–IIIe siècle) demeure pourtant méconnu. Son enseignement, d’une actualité saisissante, éclaire notre rapport au monde, aux autres… et à nous-mêmes.

Au cœur de sa pensée : la vacuité (śūnyatā).

La vacuité n’est pas le néant : elle désigne l’absence d’existence propre des phénomènes. Les choses ne sont pas “rien”, elles existent en relation, par un jeu de causes et de conditions.

🌗 Comme le jour et la nuit : il fait nuit ici, jour ailleurs. À l’échelle de la Terre, les deux coexistent. Dans l’absolu, ni jour ni nuit existent en soi, seulement une relation entre la Terre et le Soleil.

Ainsi, rien n’existe indépendamment. Tout est tissu de relations.

Fondateur de l’école Madhyamaka, la « voie du milieu », Nagarjuna nous invite à dépasser les oppositions figées grâce au tétralemme (ni affirmation simple, ni négation simple). Une logique qui ne détruit pas le monde, mais nos illusions sur lui.

Deux niveaux de vérité se complètent :

• la vérité conventionnelle (celle du quotidien, où 2+2 = 4)

• la vérité ultime (où toute chose est vide d’essence propre)

Il s’agit donc pour nous, de ne pas confondre, ne pas opposer, mais d’articuler ces deux réalités.

🌱 Si les choses étaient pleines et fixes, rien ne pourrait devenir. La vacuité nous ouvre à l’espace du changement, et donc de la liberté. Dans notre vie quotidienne, cette notion nous invite à défaire les nœuds de nos conditionnements, puis retisser autrement, pour sortir des attachements, mais tendre vers des liens justes (liens à soi, liens aux autres, liens au monde et aux évènements).

Merci à toutes celles et ceux qui ont exploré cet horizon avec nous.

Conférence – Camus, l’engagement face à l’absurde

Mercredi 4 février, l’association Nouvelle Acropole Bordeaux proposait une soirée autour d’Albert Camus et de sa pensée. 17 participants ont suivis cette première conférence, du cycle “Les Penseurs du Réel“, avec une question brûlante en toile de fond : comment vivre lucidement dans un monde qui semble de plus en plus absurde ? 🌍

Chez Camus, l’absurde naît du choc entre notre soif de sens et le silence du monde. Face à cela, ce qu’il propose n’ait ni la fuite dans la foi, ni l’abandon au nihilisme : l’absurde devient un point de départ. De là émergent trois réponses : la révolte, la liberté et la passion.

Une philosophie de la vie nous est proposée, ancrée dans le concret, incarnée par la vie même de Camus : la pauvreté, la maladie, la guerre, l’engagement dans la Résistance… et ce choix radical de ne pas “s’économiser”, mais de vivre sans appel, intensément, jusqu’au bout. Sa mort accidentelle viendra, comme une ultime ironie, sceller cette cohérence.

La soirée a aussi mis en lumière les limites de la révolte : sans mesure, elle se transforme en barbarie. Camus nous rappelle cette boussole essentielle : « Un homme, ça s’empêche ».

Entre la posture de victime et celle de bourreau, il propose une troisième voie : tenir la tension, dire oui à la vie, sans nier ni l’homme ni le monde. Et comme Sisyphe, condamné à pousser éternellement son rocher, trouver dans la lucidité même, dans cet instant de conscience, une forme de joie farouche.

Dans une société qui comble sans cesse le vide par le bruit et la consommation, la question reste ouverte : oserons-nous créer le silence nécessaire pour passer de la contemplation à l’action ?